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Le
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Ganagobie
: l'église du prieuré |
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| Les fouilles archéologiques dans l’église
de Ganagobie en 1974 avaient mis au jour des fragments
de vitraux que les spécialistes considèrent
comme les plus anciens vestiges de cet art dans le midi
de la France (douzième siècle). En bon
édifice roman, l’église de Ganagobie
attendait un jeu de vitraux achevant sa restauration.
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Le lot modeste de fragments retrouvés dans
les ruines ne permettait pas une reconstitution à
l’identique. Recréer dans le goût
du Moyen Âge présentait le risque d’aboutir
à un résultat bâtard et hasardeux
: comment retrouver, à partir de notre univers
mental si éloigné du douzième siècle,
le sens des symboles et le génie de la couleur
qui ont produit les verrières des cathédrales
et les baies des abbatiales d’autrefois ? |
| Aussi M. Francesco Flavigny, architecte en chef des
Monuments historiques et les moines de Ganagobie se
sont orientés vers une réalisation contemporaine.
D’autant qu’à l’aube de ce
millénaire, grâce aux innovations techniques,
l’art du vitrail connaît un renouvellement
considérable de sa création, comme en
témoignent, dans notre région, les remarquables
compositions d’Aurélie Nemours à
Salagon et de David Rabinovitch à la cathédrale
de Digne-les-Bains. |
Pour Ganagobie, plusieurs artistes ont été
avancés avant que le choix s’arrête
sur le peintre coréen Kim En Joong.
Ce dominicain né en 1940, sorti de l’École
des Beaux-Arts de Séoul, vit à Paris depuis
1974. Il est héritier de quatre millénaires
de calligraphie à l’encre de Chine. Dans
son pays, l’écriture des fameux idéogrammes
au pinceau à soie est un art qui réclame
un long apprentissage et une maîtrise technique
apparentés à une ascèse. Un unique
trait de pinceau révèle l’intensité
d’une vie intérieure et participe à
l’unification de l’univers. |
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| Le père Kim, confucéen converti au catholicisme
à vingt-sept ans, a fait ses études dans
l’ordre dominicain à Fribourg auprès
du père Geiger. Ce dernier lui a enseigné
la philosophie et la théologie à l’école
de saint Thomas d’Aquin. Et avec l’aide
du père Avril, l’un de ses guides spirituels,
il a fait de son art un chemin de lumière vers
Dieu. |
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Il a déjà réalisé plusieurs
ensembles de vitraux, comme les baies de la cathédrale
d’Evry et celles de l’église des
dominicaines de Dax. Ses peintures sont présentées
dans des galeries à Paris, Genève, Vienne,
Rome, Saint-Petersbourg. Il a exposé à
la cathédrale de San Francisco en 2002 et à
Notre-Dame de Paris en 2003. |
Il aime le chant grégorien qu’il pratique
au sein du chœur grégorien de Paris, se
déplace toujours dans l’habit blanc de
son ordre. Joyeux et souriant, il répond de bonne
grâce aux questions que suscite son œuvre,
fait face aux critiques avec humour et surmonte les
obstacles avec une sagesse toute coréenne.
Avant de créer les vitraux de Ganagobie, le père
Kim a séjourné au monastère, partageant
le mode de vie des moines et se mettant à leur
écoute. Il a patiemment observé comment
l’église s’éclaire au fil
des offices liturgiques de la journée. |
| Puis, au travail dans les ateliers du maître-verrier
Loire à Chartres, à la manière
du calligraphe dessinant les caractères coréens
au pinceau de soie, son geste d’artiste a jeté
sur la plaque de verre monobloc gomme arabique, poudre
de verre, émaux. Le tout passé plusieurs
fois au four à 670° donne naissance à
ce tourbillon de couleurs et de traits jaillissants,
de girations, d’envolées qui a maintenant
pris place dans les huit baies vitrées de l’église
du prieuré. |
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Le théologien Hans Urs von Balthasar dit de
l’Écriture sainte qu’elle «
dévoile en voilant ». On peut appliquer
cette définition aux vitraux du père Kim
: ils sont une invitation à voir au-delà,
ou plus loin. Ils sont offerts à nos regards
en signe d’une surabondance généreuse
qu’on peut nommer grâce ou gratuité.
Ils sont, dans un univers mesuré, calculé,
compté, la promesse déjà réalisée
d’un monde libre, gratuit, harmonieux. |
Les questions qu’on pose au père Kim
se ressemblent presque toutes : « Pourquoi
avez-vous choisi la peinture non figurative ? Qu’est-ce
que cela signifie ? Je ne comprends pas ! » |
Laissons-le répondre : « Le monde
est envahi d’images de toutes sortes, télévision,
cinéma, Internet... Les idées, même
les personnages, tout est figuratif. Il n’y a
plus de place pour le mystère. Moi, j’aime
le mystère, je cherche un monde de mystère
et je l’exprime dans ma peinture. Expliquer ma
peinture ? Quel supplice ! La sensation ne s’explique
pas, je vis dans ma peinture. D’un jet violent
purificateur, j’aimerais blanchir ce monde pollué.
Je réunis un orchestre de couleurs et de formes
en tâtonnant, comme on va à tâtons
au paradis. La ligne va à travers la mort. La
couleur déploie l’apothéose du ciel.
Dans la vie d’ici-bas, joie et douleur se succèdent
sans cesse comme les rais d’une roue qui tourne
en avançant vers l’éternité.
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